Chaos Corpus, performance de la Cie Noésis

A partir du 3 Mars 2021 / En ligne sur le site du festival

Chaos Corpus, performance de la Cie Noésis

Un « paysage sonore » vous est proposé ci-dessous, composé à partir d’un travail de recherche sonore et la construction d’un corpus de textes, effectué en coopération entre la Compagnie Noésis et les bibliothécaires de la bibliothèque Alexis de Tocqueville.

Avec Alexandre Le Petit, Flora Pilet, Martine Morise et Sylvie Boissel

NOESIS – CHAOS CORPUS

La première partie de ce paysage sonore est un remixage issu de la captation d’une tarentelle faite par l’ethnomusicologue américain Alan Lomax dans le village de Pagani, en Italie, vers les années 50, la « Tarentella Di Pagani ».

« L’animal mythique, qui « mord » et «remord » chaque année, est un animal coloré, sonore, chantant et dansant. Il faut donc pour en venir à bout faire appel à de petits orchestres ambulants composés de violons, de cithares et de tambourins qui joueront ces mélodies bien connues des Italiens, et qui précisément s’appellent les «tarentelles». Puisque la morsure est musicale, elle ne peut être évoquée qu’en jouant de la musique, puisque la tarentule se déplace en dansant la tarentelle, il faudra la lui faire danser. » 
Extrait de Jouer et danser la tarentelle pour guérir la morsure de la tarentule de François Laplantine

La danse et le chant sont ici pratiqués comme une forme de rituel performatif de guérison, pouvant apaiser les conséquences potentiellement funestes d’un rapprochement trop étroit ou mal calculé entre deux environnements, celui de l’homme et celui d’un type particulier d’animal, la tarentule.

La tarentelle peut aussi être pratiquée comme « parade amoureuse », ce que l’on peut interpréter comme le rapprochement entre deux environnements inter-humains cette fois-ci !

La suite est une composition sonore libre d’Alexandre Le Petit à partir du corpus érigé par les bibliothécaires de la Bibliothèque Alexis de Tocqueville et du thème du festival.

Il était prévu que les textes soient lus en public lors de la performance, mais les contraintes sanitaires ne le permettant pas, voici la bande-son qui aurait pu accueillir les voix de Martine Morise et Sylvie Boissel, et accompagner la danse de Flora Pilet.

Vous pourrez cependant lire de votre propre voix une partie du corpus originel, dont voici quelques extraits :

Martine 1
Extrait de « Devant la beauté de la nature », Alexandre Lacroix, ed. Allary, 2018
p. 32 : « Regarder le ciel à sa fenêtre, ne serait-ce que cinq minutes, c’est retrouver un autre tempo, indispensable à l’élaboration de pensées plus personnelles. La nature ne nous apprend rien, peut-être, mais sans contact avec elle, il n’est pas sûr que nous soyons en mesure d’apprendre vraiment quoi que ce soit. »

Sylvie 5
Extrait de « Penser comme un arbre », Jacques Tassin, ed. Odile Jacob, 2018
p.67 : « J’allai vers lui (l’arbre), les yeux emplis par la lumière, je le touchais avec mes doigts, avec mes mains, je le sentais bouger jusqu’au fond de la terre d’après un mouvement brutal et surhumain ; et j’appuyais sur lui ma poitrine brutale, avec un tel amour, une telle ferveur, que son rythme profond et sa force totale passaient en moi et pénétraient jusqu’à mon cœur. »

Sylvie 6
Extraits de textes tirés de « Ecrire la terre, les jardins, les oiseaux » Écrits de George SAND, réunis par Elisabeth Combres, ed. Plume de Carotte, 2017
p. 120 : « Irons-nous chercher tous nos bois de travail en Amérique ? Mais la forêt vierge va vite aussi et s’épuisera à son tour. Si on n’y prend garde, l’arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement sans cataclysme nécessaire, par la faute de l’homme ! N’en riez pas, ceux qui ont étudié la question n’y songent pas sans épouvante. » (G.S. 1873)

Martine 6
Philippe DESCOLA (2005) :
« Dans le grand Nord comme en Amérique du Sud, la nature ne s’oppose pas à la culture, mais la prolonge et l’enrichit dans un cosmos où tout s’ordonne aux mesures de l’humanité. »

Sylvie 8
Henri Mouhot (1864) :
« Je n’ai jamais été plus heureux que lorsque je suis au sein de ces beaux et majestueux spectacles tropicaux, dans la profonde solitude de ces épaisses forêts dont le silence n’est rompu que par les chants des oiseaux et les appels des bêtes sauvages […]. Ici, parmi ces magnifiques collines et ces bois, je vis et je respire ; dans les cités j’ai l’impression de suffoquer. »

Martine 9
Michel de Montaigne dans « Essais, livre 2 » (vers 1580)
« Nous devons un certain respect et un devoir général d’humanité, non seulement envers les animaux, qui sont vivants et ont une sensibilité, mais envers les arbres et même les plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la bienveillance et la douceur aux autres créatures qui peuvent les ressentir. Il y a une sorte de relation entre nous, et des obligations mutuelles »

Sylvie 9
Hubert Reeves, astrophysicien, sur un sentier écologique à Porto Rico, en 2009 :
« Soudain, j’ai peur. Je tressaille aux cris aigus des oiseaux à peine perçus en plein vol entre les branches. Je sursaute au bruit sec des rameaux qui se cassent et dégringolent. Je m’accroche au câble comme un naufragé à sa bouée. Je délègue, en quelque sorte, mes yeux en explorateurs dans cet espace hostile, craignant et espérant à la fois y rencontrer les araignées géantes et les serpents menaçants qui se sont emparés de mon imagination. Je n’ai plus qu’une hâte : rebrousser chemin. »

(…)

Compagnie Noésis
Institut Nomade