La Bataille de Claude Boisnard

Ancien enseignant et responsable de formation en Normandie, il consacre une bonne partie de son temps libre à la photographie. Photos d’artistes au travail, notamment dans le cadre des Ateliers Intermédiaires, association dans laquelle il a été un temps investi et dont il a partagé les projets, photographies de paysages (la Suisse Normande et la forêt), de Tango avec “Tempo Tango“. Il a aussi animé dans le cadre de l’association caennaise Objectif image 14 des activités photographiques pour la création d’expositions autour du quartier du Chemin vert à Caen (Festival Normandie Impressionniste 2016, 50ème anniversaire du quartier, 25ème anniversaire de « la colline aux oiseaux »…) et un travail de suivi des chantiers du nouveau tramway (2019 – 2020). 

La Bataille

J’ai “découvert“ l’endroit par hasard, au cours d’une ballade du côté de Clécy : premières photos (janvier 2010). J’y suis retourné un nombre considérable de fois, observant la végétation composer avec des restes industriels. Août 2019 après une longue abstention, dès l’entrée, c’est comme la découverte d’une cathédrale engloutie : des bâtiments enfouis dans la végétation, des murs masqués… On apprend sur internet qu’il y eut un moulin dès le XIIIème siècle, puis deux, puis une filature au XIXème (vers 1850), qui brûle, est reconstruite, est arrêtée de 1914 à 1916, reprend son activité et fonctionne finalement jusqu’en 1959. Depuis la végétation reconquiert le terrain, l’extérieur d’abord, puis les intérieurs des bâtiments dont les toitures et les murs s’effondrent…

D’une visite à une autre une poutre est tombée, un bout de charpente, des ardoises…. Eviter de marcher sans regarder où l’on met les pieds, ne jamais reculer pour trouver un angle ; partout le sol est recouvert de débris, peut cacher un trou, une “marche“ sous les feuilles, les ronces, des débris de verre.

La “chaufferie“ a des allures de grande nef, le sol est couvert de débris de bois, d’ardoises entre lesquels la végétation a bien du mal à se frayer un chemin avant d’être écrasée à nouveau par des morceaux de charpente qui profitent d’une tempête pour tomber.

Retour de la végétation qui dévore l’usine comme une forêt tropicale avale un temple ; qui l’été cache ce qu’il en reste, qui ronge et fragilise les murs, fait tomber les pierres…. Comme si la végétation phagocytait le souvenir d’un monde disparu : celui des usines, des ouvriers et des ouvrières qui les animaient, des longues journées, de l’odeur d’huile, de la fumée, du bruit, du danger du travail (une femme fut happée par sa machine rapporte un journal local en 1880 et tuée sur le coup).

Pénétrer cet endroit c’est un peu pénétrer sur le seuil d’une porte sur le temps… Comme un memento mori au fil de l’eau : civilisations rappelez-vous que vous êtes mortelles….

Claude Boisnard

Site internet de Claude Boisnard

L’Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Normandie recense, étudie et fait connaître le patrimoine architectural et mobilier de notre territoire. Les travaux menés sur la thématique du patrimoine industriel vous permettront de découvrir l’histoire de la filature de la Bataille. »